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by lufdbf

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released April 25, 2014

Lufdbf (Thierry Lorée/Fred Debief)
La ville tentaculaire : texte d'Émile Verhaeren "La ville"

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lufdbf Besançon, France

"un univers profondément singulier, à la fois sensuel et cérébral, charnel et abstrait, érudit et instinctif, électrique et délicat" IRM

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Track Name: La ville tentaculaire
Tous les chemins vont vers la ville.

Du fond des brumes,
Avec tous ses étages en voyage
Jusques au ciel, vers de plus hauts étages,
Comme d'un rêve, elle s'exhume.

Là-bas,
Ce sont des ponts musclés de fer,
Lancés, par bonds, à travers l'air ;
Ce sont des blocs et des colonnes
Que décorent Sphinx et Gorgones ;
Ce sont des tours sur des faubourgs ;
Ce sont des millions de toits
Dressant au ciel leurs angles droits :
C'est la ville tentaculaire,
Debout,
Au bout des plaines et des domaines.

Des clartés rouges
Qui bougent
Sur des poteaux et des grands mâts,
Même à midi, brûlent encor
Comme des oeufs de pourpre et d'or ;
Le haut soleil ne se voit pas :
Bouche de lumière, fermée
Par le charbon et la fumée.

Un fleuve de naphte et de poix
Bat les môles de pierre et les pontons de bois ;
Les sifflets crus des navires qui passent
Hurlent de peur dans le brouillard ;
Un fanal vert est leur regard
Vers l'océan et les espaces.

Des quais sonnent aux chocs de lourds fourgons ;
Des tombereaux grincent comme des gonds ;
Des balances de fer font choir des cubes d'ombre
Et les glissent soudain en des sous-sols de feu ;
Des ponts s'ouvrant par le milieu,
Entre les mâts touffus dressent des gibets sombres
Et des lettres de cuivre inscrivent l'univers,
Immensément, par à travers
Les toits, les corniches et les murailles,
Face à face, comme en bataille.

Et tout là-bas, passent chevaux et roues,
Filent les trains, vole l'effort,
Jusqu'aux gares, dressant, telles des proues
Immobiles, de mille en mille, un fronton d'or.
Des rails ramifiés y descendent sous terre
Comme en des puits et des cratères
Pour reparaître au loin en réseaux clairs d'éclairs
Dans le vacarme et la poussière.
C'est la ville tentaculaire.

La rue - et ses remous comme des câbles
Noués autour des monuments -
Fuit et revient en longs enlacements ;
Et ses foules inextricables,
Les mains folles, les pas fiévreux,
La haine aux yeux,
Happent des dents le temps qui les devance.
A l'aube, au soir, la nuit,
Dans le tumulte et la querelle ou dans l'ennui
Elles jettent vers le hasard l'âpre semence
De leur labeur que l'heure emporte.
Et les comptoirs mornes et noirs
Et les bureaux louches et faux
Et les banques battent des portes
Aux coups de vent de leur démence.

Dehors, une lumière ouatée,
Trouble et rouge, comme un haillon qui brûle,
De réverbère en réverbère se recule...

Émile Verhaeren (1855-1916)
Track Name: Un mollard qui vaut son pesant de dollars
J'ai du flouze plein les fouilles,
le pognon dégueule de mes pognes,
je lâche du cash comme bon me semble…
Le noeud coulant au cou je coule des jours paisibles…
Payable d'avance le temps defile
sur un tapis d'argent, de lapis et d'azur.

J'achète le ciel quand ça me chante et je loue le soleil à l'année…
J'en mets un peu dans toutes mes nuits
car je ne suis que là où je brille le plus…

Dans la société des inclus j'ai un abonnement à vie…
Mécène des plus infâmes pour divertir les pires…
Les véhicules m'importent peu
pour m'exporter, je n'ai qu'à claquer des doigts,
hêler le quidam
qui me mènera
où le souhaitent mes pas.

Éclipse-toi de là si ta bobine ne me revient pas,
ou je t'arracherai les fils un à un
jusqu'à ce que tu ne sois plus
qu'une ombre dans le caniveau,
un vague reflet d'écume et de sang…

T'inquiète pas, mes doigts ne s'embarrasseront pas
de tes empreintes dégradantes,
ni mon costard de tes vomissures…
D’autres s'en chargeront pour moi…

Je garde toujours mes basques
plus brillantes que le plus fin des schlass,
affuté aux plus beaux émaux…
l'essentiel est dans les shoes,
je les garde pour des postérieurs honteux mais propres…

Je signerai juste en te crachant à la gueule
un mollard qui vaut son pesant de dollars…